Je fais du vélo, dans cette ville qui porte si peu mes pas. Ici je n’ai la conscience que des enveloppes : Enveloppes de ferraille, de béton, enveloppes de verre. Dur, tout est dur, cassant, interrompu constamment par de nouveaux motifs, par des lignes imparfaites. Chaque information cantonnée dans son mètre carré cache sa vieille histoire d’humain dont on ne saura jamais rien..et pourtant l’esprit s’y pose malgré soi. Il tente de comprendre, y pose le pourquoi de l’ignorance mécanique la plus crasseuse et inutile. C’est pourtant là aussi que les hommes vivent, ivres de cette ignorance, entourés de l’histoire de la grandeur humaine. Ces mêmes hommes se sentent nus s’ils se résilient à rentrer dans un regard. Le pouvoir c’est marcher droit dans le bruit des moteurs. La puissance fait moins de bruit. Comme la solitude. Ce n’est pas là ma patrie, pas dans les couloirs de ciels géométriques. Parfois, sentiment de ne marcher que sur les enveloppes des uns, des autres..on marche en écrasant les âmes silencieuses de toutes les interiorités qui nous entourent. On s’épuise à peine à faire attention. La bas, une femme pose son tapis de prière tourné vers la Mecque, sur le quai du métro : autour les gens s’agacent ou rient. Vision pile et face d’ un même globe terrestre. Toi tu écris contre cette simplicité contemplative. Je marche toujours contre la ville, citadine pourtant depuis si longtemps, l’enfant du bord de mer n’a jamais accepté cet échec cuisant : celui de se retrouver noyée par les yeux sans horizons des hommes.(Maya - décembre 2012)